CODOH
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CHAPITRE lVDE LA MISERE EN MILIEU ENSEIGNANTOn a vu le côté cour. Voyons le côté jardin, celui de la Mère des Arts, notre bonne université. Il n'est pas inintéressant de s'arrêter un instant pour voir comment, dans notre société au libéralisme avancé (?), au cur du bastion des franchises universitaires, se trouve traité quelqu'un qui a des opinions déviantes. L'article du Matin est du 16 novembre. Le lendemain, M. Bernadet, président de l'université Lyon 2, où enseigne R. Faurisson, prend un arrêté qui suspend « provisoirement » l'enseignement de celui-ci et lui interdit l'accès des locaux, à compter du 20. On a vu, dans la lettre de Faurisson au Monde (16-12-78), les incidents qui se sont produits ce jour-là à l'université, où Faurisson était venu faire son cours, dans l'ignorance où il était encore de l'interdiction qui lui en était faite. Le président Bernadet justifiait sa décision de la manière suivante : Considérant d'une part, l'émotion provoquée dans l'université et en dehors d'elle par le caractère désormais public des thèses que vous exprimez, émotion qui peut donner naissance à des troubles sérieux si vous vous présentez à l'université pour y donner vos enseignements, considérant, d'autre part, que Mme le ministre des Universités a prescrit l'ouverture d'une enquête et qu'il paraît souhaitable de prendre toute mesure conservatoire dans l'attente des résultats de cette enquête, j'ai décidé Les universitaires lyonnais ont toujours protesté qu'il ne s'agissait pas d'une sanction. Il n'empêche que le résultat était de rejeter le trublion et de créer une sorte d'isolement sanitaire Certains de ses collègues, longtemps après, ont parlé d'un « climat de peur » qui leur a interdit de manifester à la brebis devenue soudainement galeuse la sympathie qu'ils éprouvaient jusque-là pour l'homme ou le collègue, dans l'ignorance des convictions qu'il tirait de recherches dont il ne s'ouvrait guère auprès d'eux. [117] Après la période de suspension, Faurisson devait reprendre ses cours de littérature (le programme portait sur Proust) le 8 janvier 1979. Les autorités universitaires avaient fait recouvrir les inscriptions : « Faurisson assassine les morts ». A l'heure dite se pressaient dans la salle une cinquantaine de manifestants que la presse a généralement qualifiés de « juifs ». Il semble en effet que, sous la houlette du Dr Aron, coordinateur des organisations juives de Lyon, beaucoup de ces manifestants appartenaient à l'Union des étudiants juifs de France, qui distribuaient un tract, « Halte au mensonge et à la haine », titre curieux si l'on s'avise que le texte n'était dépourvu ni de haine ni de mensonge : Jusqu'à quand devrons-nous encore protester contre le réveil de la violence, du racisme et de l'antisémitisme, et se heurter chaque fois à la même indifférence, indifférence de celui qui n'est pas touché dans sa chair, dans son être, ou plutôt qui n'est pas encore touché dans son individualité ? [118] Les présidents de l'université, M. Bernadet, et de l'U.E.R. M. Claude Martin, s'étant déclarés incapables d'assurer sa sécurité physique, le professeur Faurisson réussit, en prenant maintes précautions, à quitter le bâtiment sans encombres. Déçus les manifestants affirmèrent qu'ils avaient seulement voulu « discuter » avec Faurisson, ce que ne laissait pas augurer leur tract. La semaine suivante, le 15 janvier, Faurisson se présente directement à la présidence de l'université. La salle de cours est à nouveau emplie de manifestants de l'U.E.J.F. mais aussi de l'U.N.E.F., de la Ligue communiste, d'associations d'anciens déportés auxquels s'est joint le député Hamel (U.D.F.). Ils déclarent hautement qu'ils veulent « poser des questions » et distribuent le tract suivant : Lundi dernier nous étions cent. Aujourd'hui nous revenons Pourquoi ? M. Claude Martin et d'autres engagent Faurisson à aller « répondre à des questions, fournir des explications » mais reconnaissent très vite qu'ils ne peuvent pas assurer « des conditions normales d'enseignement », ni sa sécurité. Peu soucieux de rencontrer seul ces questionneurs musclés, Faurisson se retire. Il se souvient avec amertume du début de lynchage du [119] 20 novembre, où l'une de ces « brutes électrisées de haine », selon ses propres termes, lui criait : « Maintenant qu'on connaît ta gueule, t'es foutu. » Au dire d'un témoin, certains manifestants cherchaient sans doute la discussion mais se révélaient vite incapables de se maîtriser. La semaine suivante, il reçoit des informations confidentielles selon lesquelles des militants juifs doivent venir de Paris et qu'il y a des risques pour sa vie. Il se présente néanmoins à son cours mais au moment de commencer il est averti de l'arrivée des manifestants. Il sort, ils ne le reconnaissent qu'après l'avoir croisé ; c'est alors la chasse à l'homme dans les couloirs, puis dans la rue jusqu'à ce qu'il s'échappe en se cachant sur un chantier. Le soir, au téléphone, Claude Martin lui reproche de chercher à se faire passer pour une victime, et de mentir en disant que les incidents ont commencé dans l'enceinte de l'université. On jugera plus à loisir des positions que prend Claude Martin, le supérieur hiérarchique direct de R. Faurisson, par un « document de la semaine » publié par le Nouvel Observateur #, un texte qui « n'était pas destiné à la publication » mais qui avait été néanmoins « adressé pour information à la L.I.C.A. ainsi qu'à plusieurs quotidiens parisiens ». C. Martin y explique longuement dans quelles conditions R. Faurisson a été nommé à Lyon en 1973, au détriment d'un autre candidat « dont les travaux, d'autre part, étaient reconnus largement supérieurs ». On saura, par la réplique de Faurisson, que ledit candidat malchanceux était M. Claude Martin en personne #. Mais à toute chose malheur est bon puisque M. Martin allait se faire élire, pendant cette affaire, premier vice-président de Lyon 2. On conçoit que des gens pressés n'aiment pas ce qui vient en traverse. Aussi C. Martin cherche-t-il à mettre entre lui et son proche collaborateur la plus grande distance possible. Tout en essayant, sans trop se compromettre, d'accréditer l'idée que Faurisson serait un antisémite de longue date, il relate toute l'affaire par le menu afin de montrer qu'il était impossible aux universitaires responsables, comme lui, d'agir autrement qu'ils ne l'avaient fait, c'est-à-dire, grosso modo, de faire passer le gêneur à la trappe pour ne pas être critiqué par les antifaurissoniens. On peut passer sur les petites mesquineries qui sont monnaie courante entre « chers collègues » pour ne relever que le trait principal d'une mentalité qui se donne ainsi à voir crû[120]ment : une surdité intellectuelle totale. Elle permet de discourir sans fin et d'inventer les arguments que l'on combat. M. Martin a bien mérité de la rhétorique, en particulier de la figure dite « ouverture du parapluie ». Cet exercice de la désolidarisation active devait aller, dans la réponse qu'il fit à la réplique de Faurisson # jusqu'au travestissement complet de la réalité, puisqu'il affirmait, in cauda venenum # : Suspendu le 20 novembre pour un mois, il s'est ensuite abstenu de revenir à l'université, faisant signifier par son avocat qu'il ne voulait pas « courir de risques mettant son intégrité physique, voire sa vie, en danger ». En dépit des garanties qui lui ont été formellement et officiellement données que l'université assurerait (comme elle l'a fait le 22 janvier) sa sécurité éventuellement menacée, M. Faurisson n'a pas reparu à Lyon 2 depuis deux mois et demi. Les règlements interdisant de rémunérer un autre enseignant pour assurer les cours pour lesquels M. Faurisson continue à être rémunéré, les étudiants ainsi abandonnés s'inquiètent Une nouvelle tentative de reprise des cours s'est soldée, le 7 mai, de la même manière que les autres. Vus par le côté de Faurisson, les prestiges de l'université sortent de cette affaire plutôt ternis. Personne, ou presque, ne prend sa défense au nom de la liberté de penser. Car les défenseurs attitrés de cette liberté sont coincés : à trop appuyer sur le principe, ils pourraient faire figure de « partisans » de Faurisson, mais à trop le laisser malmener, ils font figure de pleutres. Il leur reste une voie étroite : affirmer que Faurisson a le droit de penser ce qu'il veut, dire que dans tous les cas ce qu'il pense est aberrant, et suggérer mezzo voce qu'il ferait mieux de penser en silence car on ne peut désapprouver trop fort les réactions qu'il suscite en s'exprimant ouvertement. Il n'est évidemment pas question un instant de se poser la question de savoir s'il y a un grain de vérité dans ce qu'il dit. On parle beaucoup mais on ne dialogue pas. Que les voies du conformisme sont parfois bien difficiles La suite des événements et leur commentaire ressortent d'une lettre écrite par Faurisson le 21 mai 1979 au ministre des Universités, pour le motif que l'on verra à la fin : A ma suspension de droit allait alors succéder une suspension de fait parfaitement illégale. La situation l'exigeait puisqu'on se déclarait incapable d'assurer le déroulement normal de mes cours. Le patron m'envoyait, le 29 janvier 1979, une lettre recommandée pour m'accuser [121] de lâcheté (je n'avais pas osé affronter mes « contradicteurs », disait-il) et pour me faire savoir qu'un collègue assurerait mon cours de licence « jusqu'a la fin de cette année ». A la veille de la rentrée universitaire, il était nommé dans l'enseignement par correspondance. Seule note rassurante, une pétition, suivie parmi d'autres de la signature du professeur Culioli, qui s'élève contre les mesures qui frappent Faurisson, réclame un débat public, tout en se désolidarisant complètement de ses opinions #. Réclamer la liberté pour soi-même est chose normale. Réclamer la liberté pour les autres, paraît tout à fait extraordinaire : c'est pourtant le minimum dont une démocratie ait besoin. 1.- La droite, la gaucheL'extrême droite, de ses bulletins confidentiels à Minute s'est évidemment réjouie. Elle ne cherche pas à examiner l'argumentation de Faurisson puisque pour elle le nazisme est calomnié, probablement par une conjuration judéo-quelque chose. On notera que si elle peut faire usage, entre mille choses, des conclusions de Faurisson dans le cadre de son idéologie elle n'a pas utilisé l'homme. Il ne s'est prêté à rien. Plus intéressantes sont les réactions du « monde politique », c'est-à-dire des partis qui battent l'estrade parlementaire. Un survol rétrospectif amène quelques surprises : à côté des manifestations prévisibles d'associations d'anciens déportés, d'organisations juives et de mouvement antiracistes, la gauche est restée à peu près silencieuse. La modération du P.C.F., [123] en particulier #, est remarquable. Certes, il a depuis longtemps abandonné le mythe du « parti des 75000 fusillés » et il n'essaie plus de faire croire que la Résistance, c'était lui, et lui presque seul. Mais il ne perd habituellement pas une occasion, dans ce genre de circonstances, de faire monter aux créneaux ses Rol Tanguy et ses médaillés à l'accent rocailleux. On l'a bien vu au moment où Giscard a fait supprimer les célébrations du 8 mai. Le P.S., dont l'influence est grande à l'université de Lyon 2, ne s'est guère manifesté non plus. Tous ces gens ont visiblement d'autres chats à fouetter. A droite, côté gaulliste, on ne bouge guère non plus, à part Joël Le Tac
qui affirme avoir « vu fonctionner la chambre à gaz du Struthof # ». Ce
sont les giscardiens qui sont en flèche. Pierre Sudreau (apparenté U.D.F.)
demande, au nom du groupe des anciens résistants et déportés de l'Assemblée
nationale, d'ouvrir une enquête sur « les propos scandaleux qui constituent
une véritable apologie des crimes de guerre # ». C'est Mme Saunier-Seïté
qui répond que le « gouvernement partage l'indignation exprimée par M. Sudreau
# ». En bonne position, on trouve aussi un député U.D.F. de Paris, Jean-Pierre
Pierre-Bloch, qui signe un article dans le Matin de Paris #. Un député
U.D.F. du Rhône, M. Hamel, se joint aux gros bras qui veulent « questionner
» Faurisson à l'université et, déclarant que « la liberté elle-même est
altérée par certaines tolérances envers les falsifications graves de l'histoire
», demande, angoissé, à Mme Saunier-Seïté, ce qu'elle va faire. Hélas !
elle se déclare « peinée » de son « impuissance # ». Le pompon, c'est certainement
au Dr Gilbert Barbier, député U.D.F. du Jura, qu'il échoit, avec sa question
écrite au Premier [124] ministre demandant, « à propos des troubles
internes à l'université de Lyon 2 » quelles sont « les mesures qu'il estime
souhaitables pour introduire dans le droit positif français un système d'interdictions
professionnelles ». Vive et tardive protestation de l'Humanité# silence
prudent de cet autre député giscardien de Lyon, M. Barre. 2.- Plus loin, à gaucheNormalement, toute manifestation d'antisémitisme soulève les protestations unanimes de la gauche. Mais là, il y a eu des fausses notes : quelques individus, quelques groupes se sont avisés que l'antisémitisme n'était pas en cause, que la question était ailleurs et que l'on ne pouvait évacuer à si bon compte des interrogations irrépressibles. Le journal Libération allait un temps servir de scène à ce théâtre d'un genre nouveau. On a déjà dit que, dans Libé, l'affaire commence par un simple démarquage du Matin, puis par quelques articles de la même eau. En marge de l'affaire, Serge July donne un commentaire qui rend un autre son. Il voit plutôt en Faurisson une sorte de pauvre prof poursuivant une marotte mais, surtout, il pose la question de ce que signifie l'interdiction de l'expression du racisme. Il y a là une volonté de voir certaines choses en face, qui, pour beaucoup, est assez nouvelle # : Il y aurait désormais une affaire Faurisson, du nom de ce maître de conférences lyonnais qui entretenait la hiérarchie universitaire et ceux de ses élèves que cela intéressait, de ses recherches sur le « mensonge » des camps d'extermination nazis. Cette affaire repose dans les mêmes termes les problèmes déjà soulevés par la publication dans l'Express de l'interview de Darquier de Pellepoix : fallait-il ou non la publier, ou cet enseignant a-t-il le droit de s'exprimer sur ce qui constitue manifestement chez lui une obsession ? A beaucoup d'égards, cet article est plutôt injurieux et a pu être ressenti comme tel par le professeur Faurisson. Il est cependant intéressant dans la mesure où, à l'inverse des commentaires habituels, il examine les conséquences de la liberté d'expression, y compris le droit au délire, et qu'il ne cherche pas à trahir ses principes à l'instant où leur application devient difficile. La seule hypothèse qu'il reste incapable d'affronter, c'est précisément qu'il y aurait quelque chose à considérer, bien en deçà du délire, dans les propos de Faurisson. Comme on le verra plus loin, Libération s'en est tenu là. Revenant à Faurisson, nous trouvons une lettre de deux de ses anciens élèves
# qui tourne en dérision les attaques parues dans la presse et se termine
ainsi : Quant à nous, anciens élèves ayant subi l'enseignement du très ignoble M. Faurisson, on serait plutôt contre tous les impérialismes, tous les fascismes, tous les racismes, pour le libre débat, pour le droit à la recherche et au doute. Les autorités universitaires ont d'ailleurs dû, à plusieurs reprises, reconnaître qu'aucun élève, aucun étudiant ne s'était jamais plaint de leur professeur # et qu'ils ne semblaient même pas se douter, pauvres naïfs, que leur maître était aussi « nocif » (pour reprendre un terme employé par Alice Saunier-Seïté à R.T.L. le 18 novembre 1978.) Nombreux même - sûrement des inconscients - qui lui ont fait connaître leur estime et leur soutien. Une nouvelle dimension de l'affaire apparaît avec une lettre collective, publiée sous le titre « Connaissez-vous Rassinier ? », en réplique à l'article de J.-P. Pierre-Bloch (voir note 36), lettre vraisemblablement provoquée par le regain d'actualité donnée à cette question par l'affaire Darquier de Pellepoix et l'affaire Faurisson, chez d'anciens lecteurs de Rassinier # : Les déclarations d'un crétin particulièrement odieux, recueillies on se demande pourquoi, ont relancé la campagne sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis pendant le second conflit mondial - c'est-à-dire les crimes nazis - puisque les nazis et leurs complices sont les seuls à en avoir commis (?!). Mais ce Darquier de Pellepoix est tellement odieux et sa « pensée » tellement indigente que le débat nécessaire, s'est situé d'emblée à un niveau si lamentable qu'il n'est pas question d'y participer dans la forme et pour le moment. Tout ceci n'empêche pas le tâcheron de service, le lendemain, de rapporter la tentative que fait Faurisson de reprendre ses cours en termes parfaitement diffamatoires #. Le 21 février, Libération rend compte en termes ironiques du manifeste des « trente-quatre laboureurs de la recherche historique » : faux débat, serpent de mer honteux, élucubrations. Le plumitif ne comprend pas pourquoi tout ce beau monde s'agite. D'autres le comprennent, et qui ne sortent pas du marais gauchiste. Résistant
de la première heure, gaulliste de toujours, infatigable polyglotte et spécialiste
éminent des cultures musulmanes, Vincent Monteil, qui a toujours eu son
franc-parler, que ce soit vis-à-vis de l'armée dont il a été exclu ou du
régime gaulliste qu'il a fustigé au moment de l'affaire Ben Barka, Vincent
Monteil, donc, dresse l'oreille. Il écrit une lettre à Témoignage chrétien
(29 janvier 1979) où il dit voir un « piège » dans les accusations portées
contre Faurisson : Je ne connaissais pas Faurisson. Mais ses travaux sur la déportation me paraissent mériter la plus grande attention. Ce n'est pas en le traitant d'antisémite et en le comparant à Me Ambre (?) [un ancien pétainiste qui siège au conseil municipal de Lyon] que « justice et vérité » seront servies « quoi qu'il en coûte ». Tout ce que demande Faurisson - et que je demande pour lui - c'est qu'il puisse s'exprimer, s'expliquer. Mais ce son de cloche est bien isolé. Ce sera donc pour certains une surprise douloureuse quand explose la bombe Gaby Cohn-Bendit. Sa lettre, intitulée « Question de principe », a été refusée par le Monde, mais elle a été lue au cours du procès opposant Faurisson au Matin de Paris. Selon des témoins, elle a fait taire une claque venue spécialement au tribunal pour huer Faurisson # : Il fut un temps qui dure encore où tout antisémite récusait un témoignage, une recherche historique, venant d'un Juif et décrétait vendue aux Juifs toute recherche allant dans le même sens (qu'on se souvienne de l'affaire Dreyfus). Mais aujourd'hui nous commençons à assister au phénomène inverse : tout Juif, tout homme même de gauche, d'extrême gauche, récuse n'importe quel témoignage, n'importe quelle recherche historique venant d'un antisémite (ce qui me paraît déjà grave) et, pire, décrète antisémite n'importe quelle recherche qui, à propos des camps de concentration sur tel ou tel point important, sans doute, met en cause la vérité devenue quasi officielle, ce qui est inacceptable. Deux jours après, arrive une autre lettre, de Pierre Guillaume, un ancien membre du groupe Socialisme ou Barbarie qui fut ensuite longtemps le tenancier d'une librairie borgne, la Vieille Taupe # :
Ce n'était pas le cas, et la bourgeoisie française et son Etat sont parvenus à faire la paix sans que même le niveau de « vie » des Français soit sérieusement compromis. Cependant, dans ce contexte relativement bénin, M. Alex Moscovitch déclarait au conseil municipal de Paris : « Cinq millions de Français peuvent être du jour au lendemain atteints dans leurs biens et dans leur vie en raison de circonstances qu'ils n'ont ni voulues ni déclenchées. » Pour pallier cette menace, M. Moscovitch proposait une solution radicale : « Tous les agents de l'ennemi doivent être renvoyés du territoire métropolitain. Voici deux ans que nous demandons la possibilité de le faire. Ce qu'il nous faut, C'est très simple et très clair : l'autorisation, et suffisamment de bateaux. Le problème qui consisterait à faire couler ces bateaux ne relève pas, hélas ! du conseil municipal de Paris #a » Après avoir vu Holocauste, n'importe quel soldat français ayant fait la guerre d'Algérie, même s'il a participé à des « corvées de bois », sera persuadé qu'il demeure radicalement différent des nazis. Il n'est différent que de l'image qu'on donne des nazis, comme les nazis eux-mêmes en sont différents. En tout cas il se dira : « Il n'y avait quand même pas de chambre à gaz. » Inévitable réponse du type qui croit sans doute qu'on s'est trompé et qu'en écrivant à Libération on pensait s'adresser en réalité à Minute #b : [136] Dans le même temps, se poursuivait à Libération une discussion qui n'est pas apparue dans ses colonnes. En même temps que Julien Brunn remettait son article au journal, Pierre Guillaume lui soumettait le texte de la lettre que l'on trouvera ci-dessous. Elle révélait certains aspects inattendus de l'affaire, et en particulier que le texte publié le 7 mars, « Que savent les Français des massacres de Sétif ? », était en réalité corédigé par Faurisson. C'était rendre possible l'hypothèse selon laquelle Faurisson n'était pas fou - un pas que Libération, à ce moment-là, ne pouvait sans doute pas franchir. Cette lettre n'a donc jamais été publiée : Je vous remercie d'avoir bien voulu publier mon texte en « champ libre ». Je regrette un peu que vous n'ayez pas maintenu le titre que je lui avais donné : déconstruire un délire ou atrocités : mode d'emploi. Car ce texte a une histoire. Il est inachevé. Il expose de façon très sommaire les thèses classiques du mouvement révolutionnaire sur la guerre, la propagande de guerre et le nazisme. Mais il n'a pas été écrit dans le calme, par un directeur de conscience qui expose ce qu'il faut penser. Il a été écrit dans une situation très concrète, et particulièrement tragique, pour trouver une issue pratique à cette situation. Pourtant, la fraction la moins radicale (à mon sens) de la Vieille Taupe répugnait à lier son sort à une cause qui paraissait perdue d'avance. Oubliant qu'il ne s'agissait pas de défendre Faurisson mais bien de défendre nos principes, en pratique. Mes forces ne suffisant plus à la tâche, et notamment mes forces caractérielles (j'étais moi-même sur le point de craquer), il devenait vital pour le développement de la situation d'obtenir de l'appui et donc d'obtenir l'accord de tous sur un même texte, sans concession ni double pensée. Au sens historique, la Vieille Taupe n'appartient à personne et n'est pas un groupe formel. C'est le mouvement même qui transforme les conditions existantes, ce concept recouvre donc tous ceux qui participent, individuellement, sous leur seule responsabilité personnelle, au développement d'une situation. L'idée d'une « fraction » plus ou moins « radicale » n'est qu'une plaisanterie, non dénuée de sens. Devant le refus opposé par Libération à la publication de cette lettre qui montre que le journal a publié du Faurisson sans le savoir, situation qui n'est pas sans créer des remous, comme le départ discret de Pierre Goldmann qui ne supporte plus de collaborer, même épisodiquement, à un organe où il voit qu'écrivent des « antisémites », Pierre Guillaume et Jean-Gabriel Cohn-Bendit proposent le texte suivant au service des « petites annonces » de Libération, qui le refuse aussitôt. Le Monde accepte de la passer en placard publicitaire (1500 F) puis se ravise, sur intervention de la direction : Le soutien apporté par Jean-Gabriel Cohn-Bendit et la Vieille Taupe au professeur Faurisson a constitué pour beaucoup un traumatisme et créé une situation aux développements potentiels incalculables. La L.I.C.A. accuse le professeur Faurisson d'etre un faussaire. C'est finalement ailleurs que se poursuit cette entreprise d'éclaircissement mené par quelques éléments de ce que l'on peut appeler peut-être l'ultra-gauche. On voit ainsi apparaître, en mars, en particulier à Lyon, un tract intitulé : « Les chambres à gaz sont-elles indispensables à notre bonheur ? » Après avoir résumé les débuts de l'affaire, il se continue ainsi : Le professeur Faurisson est un homme seul. Aucun groupe, aucune organisation ne l'a soutenu et ne le soutient. Parmi ceux qui se sont manifestés en sa faveur, à des titres divers par des [141] lettres à la presse ou des témoignages, on ne relève que des antifascistes et des antiracistes convaincus. (Entre autres Jacob Assous, José Benhamou, J.-P. Carasso, J.-P. Chambon, J.-G. Cohn-Bendit, H. Denés, P. Guillaume, C. Martineau, V. Monteil, J.-L Redlinski, etc. Circulait également cette « Ultime suggestion venue de la maison des morts après un long débat entre Galilée, P. Rassinier, Jésus-Christ, K Marx et C. von Clausewitz » : Moi, Robert Faurisson, fils de feu Robert Faurisson, âgé de cinquante ans, comparaissant en personne devant ce tribunal et debout devant vous, Très éminents et révérends Juges, assigné par la Sainte L.I.C.A. et les Très Saintes Associations de déportés et victimes, Grands Inquisiteurs dans toute l'Humanité contre la Perversité Nazie, les yeux sur le Rapport Gerstein que je touche de mes propres mains. Les bordiguistes de Programme communiste republient un article de 1960 : « Auschwitz ou le grand alibi », avec cette note liminaire # : L'article que nous reproduisons met à nu les racines réelles de l'extermination des Juifs, racines qu'il ne faut pas chercher dans le domaine des « idées », mais dans le fonctionnement de l'économie capitaliste et les antagonismes sociaux qu'il engendre. Et il montre aussi que si l'Etat allemand a été le bourreau des Juifs, tous les Etats bourgeois sont coresponsables de leur mort, sur laquelle ils versent maintenant des larmes de crocodiles. Chez les fantassins de la Guerre sociale, on imprime une affiche-tract qui reprend de larges extraits d'un arti[143]cle #, précédé d'une présentation (en gras dans le texte) pour les besoins d'une distribution à Lyon, en juin 1979. Faisant très bien le tour de la question, elle s'intitule : « Qui est le Juif ? » : Il y a quelques décennies. l'Europe était en proie à une vague d'antisémitisme. Avant que les nazis déportent une partie de la population juive, les Juifs étaient déjà menacés dans leurs biens et leurs emplois. Ainsi les professeurs juifs étaient empêchés d'enseigner. Si aujourd'hui tout le monde déplore ces persécutions, il faut remarquer qu'à l'époque il n'y avait pas tant de monde que ça pour s'y opposer. A la base de tout cela, il y a le postulat que l'existence des « chambres à gaz » est un fait absolument irréfutable. Ensuite que toute remise en cause de ce fait absolument irréfutable ne peut avoir directement ou indirectement qu'une origine nazie ou antisémite. Ainsi Faurisson emboîterait-il le pas à Darquier, et s'il n'est pas un antisémite plus ou moins bien déguisé, c'est dans la mesure où il est un hurluberlu, et de toute façon un hurluberlu dangereux. On écarte au départ l'idée que la remise en cause de l'existence des « chambres à gaz » peut avoir comme origine, non le [144] fait de camoufler des atrocités et de se disculper comme c'est le cas pour Darquier mais le désir de la vérité. Or il suffit d'avoir le goût de la vérité et de s'être penché sur cette question pour savoir que l'existence des « chambres à gaz » est un fait beaucoup moins évident que ce qu'on nous en dit. L'étude des conditions techniques d'une telle opération, les contradictions dans les aveux des S.S.rendent les « preuves » bien fragiles. Ceux qui se sont érigés en spécialistes de la question et sont soutenus par l'ensemble de la presse le savent, et c'est pourquoi ils cherchent à empêcher le débat. Le doute sur l'existence des « chambres à gaz », n'est pas d'origine d'extrême droite. Il fut d'abord le fait de Paul Rassinier dont il n'est pas inutile de rappeler que, résistant de la première heure, il a été arrêté et torturé par la Gestapo, puis déporté à Buchenvald. Le passage de l'affaire Darquier de Pellepoix à l'affaire Faurisson instruit sur le fonctionnement des mass media, mais non sur le processus de remise en question de l'existence de « chambres à gaz ». Darquier utilise Rassinier pour se disculper et la presse utilise Darquier pour mieux discréditer des vérités et ne pas affronter les positions de Rassinier. La légende des « chambres à gaz »a été officialisée par le Tribunal de Nuremberg où les nazis étaient jugés par leurs vainqueurs. Sa première fonction est de permettre au camp stalino-démocratique de se distinguer absolument de celui des nazis et de leurs alliés. L'antifascisme et l'antinazisme leur ont permis de justifier leurs propres actes de guerre et ont continué à justifier aussi beaucoup d'ignominies depuis. Chez ceux qui auraient réussi à préserver le monde de la barbarie. Les temps angoissés que nous vivons, et qui se rapprochent par certains côtés de la situation d'avant-guerre, à défaut de pouvoir affronter réellement les causes de leurs problèmes, ont besoin de se trouver des boucs émissaires et de se rassurer sur leur légitimité. Dans un premier temps, avec le prétexte de se prémunir contre un recommencement. on réutilise les vieux ennemis, on ravive la propagande de guerre contre le barbare vaincu hier. Mais le capital au fur et à mesure qu'il va s'enfoncer dans la crise et sentira le danger révolutionnaire va chercher à donner aux populations des ennemis plus concrets et concentrer les responsabilités sur tel groupe social interne ou tel ennemi extérieur. Notre position est d'empêcher autant que possible l'expérimentation des états de tension et la mise en place de mécanismes de haine. Nous n'avons qu'un ennemi : les rapports de production capitalistes qui dominent toute la planète et non tel ou tel groupe social. Les bourgeois et les bureaucrates eux-mêmes ne doivent pas être attaqués en tant qu'hommes. mais seulement dans la mesure où ils s'identifient à leur fonction et à leur profit et défendent la société de classes. On s'est interrogé pour savoir qui manipulait Faurisson. en soupçonnant l'extrême-droite. Nous qui sommes révolutionnaires entendons en tout cas le soutenir. Et certainement pas en vertu d'un droit général à la liberté d'expression ou d'enseignement. Pas seulement non plus par réflexe de solidarité humaine, mais parce que Faurisson est attaqué pour avoir cherché et fait progresser la vérité. Mais soutenir Faurisson et ses recherches n'est-ce pas permettre à l'anti[145]sémitisme de se rallumer ? Le premier impératif reste celui de savoir quelle est la vérité. Et cette vérité, faudrait-il risquer pour empêcher une remontée d'antisémitisme d'en laisser le monopole aux antisémites ? Jeux suspects et dangereux. La vérité ou sa recherche ne saurait être antisémite. Ne serait-ce que par les remous provoqués par la presse, la question de l'existence des « chambres à gaz » ne pourra plus être longtemps refoulée, et le doute sur la vérité officielle fera inévitablement son chemin. Par rapport à cette situation de fait, nous pensons qu'il faut d'abord précipiter les choses. Que l'évolution ne se fasse pas en douceur, de réajustement en rectification de détails, comme cela a déjà commencé depuis quelques années, ménageant les mensonges des uns, la bonne conscience des autres, et permettant aux troisièmes d'alimenter quelque nouvelle philosophie. Ce qui est en cause, ce n'est pas tant tel mensonge particulier que le fonctionnement de ce qui produit, fait évoluer et remplace les contrevérités quand elles ont fait leur temps. Ensuite il faut empêcher que cela puisse alimenter l'antisémitisme. La meilleure leçon est de ne pas laisser la vérité à l'extrême droite, de montrer que des Juifs aussi défendent ce qui leur paraît être la vérité, même si elle contrevient à la mythologie de l'holocauste. Il faut expliquer les mécanismes sociaux réels qui ont produit l'antisémitisme, la déportation et la décimation en camp de concentration des internés juifs ou non-juifs. Montrer que la lutte contre les racismes de toute nature s'épuise vite et reste superficielle si elle n'est pas directement lutte contre le capital.
La mise en avant des crimes nazis a pour première fonction de justifier la Seconde Guerre mondiale et plus généralement la défense de la démocratie contre le fascisme : la Seconde Guerre mondiale ne serait pas tant un conflit entre des nations ou des impérialismes qu'une lutte entre l'humanité d'une part et la barbarie de l'autre ; les dirigeants nazis étaient, nous dit-on, des monstres et des criminels qui s'étaient emparés du pouvoir. Ceux qui ont été pris après la défaite ont été jugés à Nuremberg par leurs vainqueurs. Il est essentiel à cette vision de montrer chez les nazis une volonté de massacre. Bien sûr, il y a des tueries dans toutes les guerres, mais les nazis, eux, voulaient tuer. C'est là le pire et c'est d'abord cela qu'on leur reproche. Le moralisme aidant, on ne les blâme pas tant pour avoir fait la guerre, car un Etat respectable peut s'y laisser aller, mais pour avoir été sadiques. Les bombardements intensifs et meurtriers de Hambourg, Tokyo, Dresde, les deux bombes A, tous ces morts sont justifiés comme un mal nécessaire pour éviter d'autres massacres dont l'horreur viendrait de ce qu'ils auraient été, eux, systéma[146]tiques. Entre les crimes de guerre nazis et les pratiques de leurs vainqueurs, il n'y aurait aucune comparaison possible. Laisser entendre le contraire serait déjà se faire le complice, conscient ou inconscient, de ces crimes et permettre qu'ils se reproduisent. La justification de 39-45 n'est pas une petite affaire. Il faut donner un sens à cette tuerie inégalée qui a fait des dizaines de millions de victimes : car peut-on admettre que c'était pour résorber la crise économique de 1929 et permettre au capitalisme de repartir d'un bon pied ? Cette justification soutient l'antifascisme d'aujourd'hui et de demain et donc la gauche qui s'en nourrit en excusant ainsi sa participation au système. [...] Les morts en déportation sont mis en avant au détriment des millions d'hommes qui meurent de faim chaque année à travers le monde. Nannen, le rédacteur en chef du magazine allemand Stern. déclare, à propos des persécutions antisémites : « Oui, je le savais, et j'étais trop lâche pour m'y opposer. » Il nous confie que sa femme, à la suite des images d'Holocauste, s'est mise a pleurer, en se souvenant qu'ayant à peine vingt ans, elle dépassait les femmes juives qui faisaient la queue et qu'elle se faisait servir avant elles. Aujourd'hui, il y en a encore qui continuent à être servis avant les autres et nous ne pouvons ne pas le savoir. Récemment, Jean Ziegler, présentant le livre de René Dumont Paysans écrasés, Terres massacrées, nous apprenait que « la seule récolte mondiale de céréales de 1977 - un milliard quatre cent millions de tonnes - aurait suffi à nourrir correctement entre cinq et six milliards d'êtres humains. Or, nous ne sommes pour l'instant qu'un peu plus de quatre milliards sur terre, et tous les jours douze mille d'entre nous meurent de faim ». On reprochera aux nazis d'avoir organisé la mort de façon scientifique et d'avoir tué au nom de la science avec des expériences médicales sur des cobayes humains, mais ces pratiques ne sont nullement leur monopole. Le journal le Monde titrait au lendemain d'Hiroshima : « Une révolution scientifique ». Mais l'idéologie, ce n'est pas seulement la mise en avant de certains faits pour soutenir les vainqueurs contre les vaincus, les souffrances passées contre les souffrances présentes. Ces justifications sont sous-tendues par toute une conception qui est le produit des rapports sociaux capitalistes et tend à en mystifier la nature. Cette conception est largement commune aux démocrates et aux fascistes. Elle ramène les divisions sociales à des questions de pouvoir et considère la misère et l'horreur comme le résultat de crimes. Elle est systématisée par une pensée antifasciste, antitotalitaire, mais d'abord contre-révolutionnaire. C'est l'inexistence révolutionnaire du prolétariat bien plus que le danger nazi ou fasciste, actuellement assez faible qui donne à cette idéologie sa force et lui permet de reconstruire l'histoire à son profit. En effet, la mise en scène et la falsification historiques ne sont pas un monopole stalinien. Elles s'épanouissent aussi dans une ambiance démocratique de liberté de pensée et d'expression. Notre souci n'est pas de rééquilibrer, dans un esprit de justice, les torts et le nombre de cadavres et de renvoyer tout le monde à dos puisque les crimes nazis ne seraient dans le fond que des crimes du capital, dont on pourrait allonger indéfiniment la liste en espérant ainsi mieux condamner le système. Il n'est pas non plus d'excuser les crimes d'Etat au nom d'une fatalité socio-économique qui se servirait de la main des hommes en leur évitant de devoir rendre des comptes à qui que ce soit. On ne sort pas de la vision politico-judiciaire en répétant que le grand responsable c'est la société, c'est-à-dire tout le monde et personne. Si cette vision doit être critiquée, c'est que le mode d'accusation du capital est tout autant son mode de justification. Il s'agit de démonter cette mise en scène par laquelle le système, c'est-à-dire aussi des politiciens, des intellectuels, se sert de la misère et de l'horreur qu'il produit pour se défendre contre la critique réelle de cette misère et de cette horreur. [...] Lire Rassinier Les camps sont un produit du capitalisme non seulement dans leur origine mais aussi dans leur fonctionnement. L'intérêt des ouvrages de Paul Rassinier et notamment du Mensonge d'Ulysse est de permettre une conception matérialiste de la vie, et donc de la mort, à l'intérieur des camps. Paul Rassinier (1906-1967) adhère au Parti communiste en 1922.11 ralliera l'opposition de gauche et sera exclu en 1932. Il milite à la gauche du P.C. puis passe à la S.F.I.O. pour participer à la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert. Devant la montée des périls, il défend les thèses pacifistes. La guerre ayant éclaté, il sera résistant de la première heure. Arrêté par la Gestapo en octobre 1943, torturé puis déporté à Buchenwald et Dora durant dix-neuf mois, il reviendra grand invalide. Après la guerre, Rassinier écrivit dans des organes pacifistes et libertaires mais aussi dans des revues d'extrême droite. Ses ouvrages sur la question concentrationnaire furent édités à compte d'auteur ou par des éditeurs d'extrême droite. Ceux qui en tirent argument contre lui sont ceux qui auraient voulu qu'il ne soit jamais édité. La plupart des ouvrages de Rassinier sont épuisés. La Vieille Taupe (B.P. 9805, 75224 Paris Cedex 05) vient de rééditer le Mensonge d'Ulysse. En 1962, dans l'introduction au Véritable Procès Eichmann, P. Rassinier s'explique ainsi : « Les hostilités terminées, s'il n'y eut sur le moment que peu de gens à penser qu'il était nécessaire de passer au crible les horreurs et les responsabilités de la Seconde Guerre mondiale, il est remarquable que ces gens aient été surtout de droite et qu'ils aient, en outre, fondé leur attitude sur les principes au nom desquels les intellectuels de gauche avaient refusé Versailles vingt-cinq ans plus tôt. Quant aux intellectuels de gauche, dans leur écrasante majorité, ils ont approuvé et exalté Nuremberg au nom de principes dont, au temps de Versailles, ils reprochaient le caractère réactionnaire à ceux de la droite qui les faisaient leurs, et le phénomène n'est pas moins remarquable. Il y a là, en tout cas, un assez curieux chassé-croisé dans le secteur des principes et c'est dans ce chassé-croisé que s'inscrit mon drame personnel. » Et il explique sa démarche : « Tout était à recommencer à partir de zéro : prendre les faits un à un, les étudier dans leur matérialité et enfin les replacer correctement dans leur contexte historique Je commençai donc par un fait historique sur lequel, pour l'avoir vécu, je me croyais le mieux renseigné : le phénomène concentrationnaire. Comme il était au premier plan de l'actualité et que tous les débats publics s'y ramenaient, on m'excusera si j'ai pensé que jamais l'occasion ne serait plus favorable. [148] Le Mensonge d'Ulysse fut donc mon premier acte de fidélité aux principes de la gauche de 1919. » [...] Les « chambres à gaz » On joue sur le respect dû aux morts et aux souffrances des survivants. Et sur la peur de tous de se retrouver du côté des bourreaux. Pour ne pas couvrir des crimes, certains seraient même prêts à tuer. Le bon sens, qui nous dit par la bouche de Lénine que l'on ne peut tromper beaucoup de gens très longtemps, est-il prêt à reconnaître que, dans cette affaire des « chambres à gaz », il s'est peut-être abusé ? Ce serait « trop gros », se dit-il, et il se rendort dans les bras de la bonne ou de la mauvaise conscience Mais n'y a-t-il pas les témoignages des déportés et les aveux des bourreaux ? Beaucoup de gens ont effectivement « vu » des « chambres à gaz », même là où il est reconnu qu'il n'y en avait pas. En fait, ils en avaient surtout entendu parler. Les aveux ne sont pas suffisants en eux-mêmes. Les S.S. étaient vaincus, leurs illusions et leur cause étaient écroulées. Une menace d'exécution pesait sur eux et ils cherchaient à se disculper en invoquant des ordres introuvables et un projet qui les aurait complètement dépassés. La complaisance à l'égard de leurs interrogateurs s'est dans plusieurs cas révélée payante. Il n'est pas besoin d'évoquer la torture, même si son utilisation paraît établie dans certains cas. La torture d'ailleurs ne suffit peut-être pas à venir à bout d'hommes qui croient encore en leur cause. Quand celle-ci s'est effondrée, des pressions physiques et morales minimes suffisent à anéantir ceux pour lesquels il ne reste plus que l'identification aux vainqueurs et l'instinct de conservation. Ce que l'on admet pour Boukharine peut valoir aussi pour Hss, commandant d'Auschwitz, détenu dans une prison en Pologne, et qui a été exécuté en 1947. Rassinier s'est appliqué à montrer que les documents sur lesquels repose la foi en l'existence des « chambres à gaz » et en leur fonction exterminatrice étaient suspects à cause de leur origine et aussi de leurs contradictions. Les contradictions les plus graves apparaissent entre leurs descriptions du « gazage » et les contingences réelles d'une telle opération. La rumeur des « chambres à gaz » se développe à l'intérieur des camps de concentration. Elle s'explique, notamment par la mortalité extraordinairement élevée qui règne, par les transferts fréquents de camp à camp, par la pratique de Selektion qui avait pour objectif de séparer les inaptes au travail de la masse des détenus et par la confusion entre crématoires [149] et « chambres à gaz ». Des témoignages de détenus montrent que, croyant être gazés parce que l'on avait changé le lieu des douches ou parce qu'ils étaient contraints d'aller à l'infirmerie, il n'en était finalement rien. A quoi s'oppose évidemment l'argument choc que ceux qui auraient effectivement été gazés ne sont plus là pour le raconter. Cette rumeur a été systématisée après la guerre, notamment parce qu'elle permettait aux membres de la H.-Fuhrung de se disculper et d'occulter son rôle. Mais la fonction idéologique des « chambres à gaz » dépasse de loin les intérêts particuliers de certains. Et c'est là qu'il n'est pas inutile de quitter le terrain mesquin de la recherche historique pour s'élever avec Jean Daniel au plan de la philosophie politique. Selon le directeur du Nouvel Observateur dans son éditorial du 6 novembre 1978, « L'oubli interdit » : « La campagne a commencé dans les années 1950, avec le livre minutieux de Paul Rassinier, un parlementaire français, de formation socialiste, et qui a fait lui-même - mais oui ! - un court séjour dans un camp. » La manière de J. Daniel ne s'embarrasse pas de minutie. Elle est plutôt lyrique. Et J. Daniel ne se soucie pas de réfuter Rassinier. Il lui suffit de dénoncer les « croisés du racisme » qui utilisent les argumentations de Rassinier. D'ailleurs Rassinier est difficilement réfutable puisque les nazis, et c'est ce qui fait toute l'horreur de la chose, auraient réussi à commettre un crime parfait : « Rêve démoniaque s'il en fût, conçu par un Lucifer technocrate dans la plus hautement scientiste des hystéries. Le regroupement des damnés, leur acheminement, l'organisation des camps, la sélection pour l'extermination : rien n'est laissé à l'improvisation. Rien ne laissera de trace : c'est l'infernal processus du crime parfait. Sa spécificité, c'est sa perfection ; son essence, sa radicalité ; son horreur magique, son aptitude à évoquer le néant et l'infini. Les racistes ont toutes les raisons de craindre d'en être accusés. C'est un acte sans précédent, né de rien et qui ne va nulle part ». Mais, à en croire J. Daniel, nous avons eu de la chance, car la France s'est ressaisie pour son salut : « Il y a eu dans le mystérieux inconscient collectif, comme l'obscur sentiment qu'il suffisait que s'écroule la croyance au génocide pour qu'aussitôt reparût, libéré et torrentiel, non seulement l'antisémitisme mais ce racisme latent, dont peuvent être victimes toutes les minorités, ce racisme qui plonge l'esprit dans les ténèbres avec l'irrépressible mouvement de la marée noire sur l'océan. » Le poète, ou mieux l'albatros, les ailes encore pleines de goudron, par un audacieux renversement transforme une pollution à la surface des mass media en un sursaut venu des profondeurs l'être social. Un journaliste en mal de copie et de célébrité a été interviewer, le micro et l'appareil-photo dissimulés, une vieille crasse qui avait plus ou moins réussi à se faire oublier. Toute la presse s'empare de l'affaire avec le prétexte de discuter sur l'utilité ou la nocivité pédagogique de la publicité au racisme de Darquier de Pellepoix, préférant évidemment s'alimenter des propos d'un Darquier que de devoir discuter sérieusement des positions d'un Rassinier. Mais, de toute façon, on ne voit pas très bien dans toute cette banalité où peut se trouver le mystérieux inconscient collectif. L'inversion de Jean Daniel en soutient une autre qu'il reprend à un vola[150]tile de son espèce, Louis Martin-Chauffier, cité par l'archevêque de Marseille dans son homélie de la Toussaint - peut-être pour faire oublier les silences du Vatican à l'égard du nazisme. Martin-Chauffier, nous dit l'archevêque, est 1'« auteur de l'une des plus belles méditations sur la déportation : "On ne doit pas répondre à la violence par la haine. Mais l'oubli serait démission. L'oubli est interdit. On ne saurait oublier tout ce qui s'est commis, sous peine de voir se recommencer tout ce qui aura été ou oublié ".». A la compréhension des conditions économiques et sociales qui engendrent la destruction d'êtres humains avec une telle ampleur, on oppose le mythe d'un plan conscient et démoniaque. A la lutte contre ces conditions économiques et sociales, on oppose la nécessité de se souvenir. Il suffirait qu'on oublie pour que tout recommence. L'inconscient collectif, alias les mass media, se feront donc les gardiens de ce cauchemar. Voilà légitimé un spectacle de l'horreur qui, loin de prémunir contre quoi que ce soit, ne fait que banaliser l'atrocité et donner au public le sentiment de l'impossibilité d'intervenir. C'est du passé ou c'est trop loin, de toute façon cela se passe derrière l'écran de télévision. Mais cela n'est pas simplement passivité et distance, il y a aussi une complaisance et une fascination pour l'horreur qui ne manquent pas de se trouver de bonnes raisons. C'est que l'horreur n'existe pas seulement à la périphérie de notre monde et derrière les barbelés où on la concentre, elle suinte de notre mode de vie sous les images de la tranquillité heureuse pour parfois surgir sous la forme du crime, de l'accident bête ou de comportements pathologiques. Et cette horreur confusément ressentie, il faut la cerner, lui donner un sens, en faire un spectacle pour tenter de la maîtriser. Renvoyer à une pulsion de mort, expression fondamentale de l'inconscient collectif ou individuel, ne fait que cacher comment ce mode de production précis fait effectivement peser sur les hommes une permanente menace de destruction. Et nous ne parlons même pas de l'armement nucléaire ou de toute autre menace plus limitée et réelle de mort mais du sentiment diffus qui habite les hommes coupés de la communauté humaine et réduits à une insertion sociale précaire (le couple, l'entreprise) de risquer d'être et en fait d'être toujours plus ou moins en trop. La crise accentue l'insécurité économique et affective. On cherche à se débarrasser de ceux supposés prendre les places et à concentrer le rejet de la destruction sur des boucs émissaires. Si malheureusement une situation semblable à celle de l'Allemagne, qui s'est retrouvée au paroxysme de la crise avec sept millions de chômeurs se reproduisait sans qu'il y ait de possibilité d'abattre les rapports de production capitalistes, il y a toutes les chances qu'un fort racisme et même un racisme d'Etat renaîtrait. Il y a aussi toutes les chances que pour la plupart, les intellectuels antinazis d'aujourd'hui seraient prêts à lui chercher et à lui trouver des justifications. L'antisémitisme hitlérien est et doit être présenté comme un fait unique dans l'histoire, puis servir à faire oublier et surtout mystifier la nature de toutes les horreurs que notre monde produit. On évoque les conditions particulières qui ont présidé à l'avènement du nazisme, mais c'est pour mieux s'en dégager et atteindre à l'universel. Raymond Aron dit [151] (France-Soir, journal de l'ex-antisémite Hersant, du 15 février 1979) : « Si on veut éviter la barbarisation, il faut insister sur le fait que le nazisme a représente d'unique. Il a été le seul à concevoir, sur la décision de quelques personnes, l'extermination d'une population entière. Peut-être Staline a-t-il sacrifié encore plus de gens. Mais c'est depuis les exterminations hitlériennes que nous avons peur des hommes. Que cette chose ait été possible, nous en sommes tous encore terrifiés. C'est pourquoi, plutôt que de partir de banalisation, il faut dire que, dans une certaine mesure, nous avons tous participé à cela. » Avec Jean Daniel, nous avons appris que cette extermination avait quelque chose de satanique. Raymond Aron nous dit que, depuis que cela s'est passé, nous avons peur des hommes et que chacun de nous y a participé. Satan est à l'intérieur de chacun d'entre nous : c'est le retour du péché originel.[...] L'histoire est elle-même historiquement produite. L'image que l'on se fait
du passé est le résultat de la sélection et de l'interprétation des faits,
suivant la nature des forces qui se sont affrontées et suivant les rapports
de forces qui se sont successivement établis. Ainsi, en France, l'histoire
scolaire met en scène, de Vercingétorix à De Gaulle, l'affirmation du fait
national en effaçant la lutte de classe. Le conformisme général considère
qu'aujourd'hui la science historique a décisivement rompu avec toute légende
des origines pour constituer une enchaînement chronologique de faits établis.
Mais si la reconstitution du passé prend une allure scientifique, elle s'opère
aussi plus que jamais sous l'égide de l'Etat.
Gilles Deleuze, « Le Juif riche », le Monde, 18 février 1977, p. 26. [152] La L.I.C.A. poursuit Faurisson pour falsification de l'histoire. Il faut disposer d'une très haute autorité morale pour s'ériger ainsi en gardien jaloux de la vérité. Je suis tout à fait disposé à faire crédit à cette vénérable institution, que je ne connais guère. Ayant participé en 1963 à la création d'un comité anti-apartheid, je me suis trouvé ensuite pendant plusieurs années en relation « de travail » avec des organisations antiracistes. Je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré dans ces occasions des gens de la L.I.C.A. Mais nous étions parfois en relation avec le M.R.A.P. et je crois comprendre que les rapports qu'entretiennent le M.R.A.P., et la L.I.C.A. ne sont pas précisément ceux de la plus franche camaraderie. Cela explique peut-être la curieuse défaillance de la L.I.C.A. à certains moments de l'action publique contre l'apartheid. J'ignore le pourquoi de ces antagonismes, et peu m'importe. Pour en savoir plus, je n'ai pas trouvé mieux que d'examiner quelques numéros de son mensuel, le Droit de vivre. J'ai tiqué au compte rendu du film Voyage au bout de l'enfer de M. Cimino, non certes parce que le critique y prend des Ukrainiens pour des Polonais, mais parce qu'il le dit « plus qu'un excellent film. Un monument # ». Pour moi, c'est un monument de bêtise et de racisme. Il n'est sûrement pas besoin d'avoir traîné ses bottes dans les rizières viêtnamiennes pour s'en rendre compte. L'insupportable caricature de ces Asiatiques hurlants, ces « jaunes robotisés et inhumains », comme le dit le critique, ne lui a pas tout à fait échappé : « Michaël Cimino ne se donne pas la peine d'entrer dans la vie, dans la peau des Viêtnamiens. Manque d'intérêt ? Pas le sujet ? Racisme ? » On ne tranche pas. Ce point d'interrogation est vertigineux. Que la grande presse bêtifie devant ce tissu de falsifications, qu'elle flatte la bonne vieille idée de « péril jaune » ravivée par le fait que ces jaunes sont des rouges, rien là que de très normal. Mais qu'un journal dont la raison d'être est l'antiracisme ne soit pas fichu d'identifier et de dénoncer le racisme très explicite de cette superproduction, voilà qui me rend songeur. Le critique souhaite même que l'on fasse un film du même genre sur la guerre d'Algérie. On voit d'ici les ratonnades à la sortie des cinémas Deuxième surprise, de taille celle-ci, la présence dans la rédaction du Droit de vivre de Paul Giniewski, chargé de la critique littéraire. C'est un sioniste fervent dont les idées semblent [153] s'accorder assez bien avec les vues exprimées dans ce journal. Qu'il trouve sa pâture dans des livres qui veulent démontrer que « l'antisémitisme est consubstantiel à l'idéologie de gauche », en faisant des anarchistes des précurseurs d'Hitler et en affirmant, contre l'évidence quotidienne, que « la gauche est antisioniste par nature # », tout cela ne fait que refléter des positions politiques pour le moins conservatrices. Mais il y a autre chose. J'ai déjà rencontré les écrits de ce pourfendeur de la gauche à propos de l'Afrique du Sud et j'ai eu l'occasion, à propos d'un de ses livres de l'épingler pour quelques perles #. Il faut dire que les défenseurs de l'apartheid en France sont assez rares. A l'époque, à part quelques militants d'extrême droite, Giniewski était le seul propagandiste de Prétoria, bien avant Jacques Soustelle. « Il faut aider l'Afrique du Sud, non l'attaquer » (p. 131 de l'ouvrage cité en note) car pour lui l'apartheid (comme tout se retrouve !) est une sorte de « sionisme obligatoire » par le retour des « Bantous » vers les « foyers nationaux », ces bantoustans dont il se déclare un chaud partisan. Les dirigeants sud-africains, comme MM. Soustelle et Giniewski refuseront certainement l'étiquette de « racistes ». Mais qui niera que la politique qu'ils soutiennent est l'expression la plus achevée du racisme contemporain et que l'une de ces racines plonge précisément dans la politique hitlérienne ? Qu'un journal dont l'antiracisme serait la raison d'être accepte dans sa rédaction un écrivain qui met sa plume au service de l'apartheid est un paradoxe qui dépasse mon entendement. [154]Mais si leur antiracisme est à éclipser, peut-être les gens de la L.I.C.A. sont-ils des historiens pointilleux, des gardiens sévères de l'objectivité. Certes, ce n'est pas bien grave, quand on évoque la chute d'Idi Amin #, qualifié de « digne émule du nazisme raciste », d'oublier de mentionner qu'il était parvenu au pouvoir avec l'appui actif des services israéliens qui l'ont fait longtemps bénéficier de leur aide et de leur soutien. Bokassa aussi. Simple oubli sans doute. Mais quand je tombe sur une photo montrant quelques Arabes, assis, en train de deviser, avec la légende suivante : « Quelques-uns des 500 000 non-Juifs qui vivent en Israël dans des conditions de parfaite égalité civique », je me dis que l'enthousiasme pour la vérité le cède à des préoccupations où sa place est réduite. Si, dans l'article qui accompagne cette photo #, je lis les lignes suivantes : « Pour opposer au sionisme un message politique d'une nature semblable on inventa le mythe du panarabisme fondé sur une prétendue unité où furent rassemblés pêle-mêle les pays les plus divers » et, plus loin, que la notion illusoire de « monde arabe est un racisme, sournois ou déclaré », je comprends que nous sommes dans une officine de propagande sioniste, où l'on se soucie de la vérité historique comme d'une guigne. On peut pourtant concevoir un sionisme qui n'aurait nul besoin de ce genre de propagande grossière. Mais comme tous les doctrinaires, ces gens de la L.I.C.A. se servent de l'histoire quand elle les arrange, sinon ils la déforment brutalement. On commence à trouver curieux que ce journal puisse en même temps s'appeler le Droit de vivre et brûler d'une haine si violente à l'égard des Palestiniens qui, après tout, ne demandent que ce « droit de vivre » chez eux. Cette haine à l'égard de ses ennemis, la L.I.C.A. la pousse au delà des limites que les lois imposent. Par exemple, ceci : « François Brigneau est nuisible à une société civilisée. Par souci d'écologie, il serait utile de le priver du droit d'écrire des insanités # » ; ce qui justifierait évidemment ledit Brigneau, qui écrit dans Minute, à formuler les mêmes souhaits à l'égard de la L.I.C.A. On va même plus loin : « Ceux qui marcheront sur ses traces [celles de Darquier de Pellepoix] ne feront pas [155] d'aussi vieux os #. » Et c'est la L.I.C.A. qui s'arroge le droit de désigner ceux qu'elle croit voir marcher sur les traces de Darquier. Je crois que cela s'appelle des menaces de mort. Il me semble que les tribunaux répriment ce genre de délit. Quant à moi, je ne vois pas très bien ce qui qualifie la L.I.C.A. pour s'ériger en gardien de la vérité historique. Elle la confond un peu trop avec la propagande politique et ce mélange des genres est assurément très fâcheux. |