Organe de critique et d'orientation postmessianique
Paraît épisodiquement
Directeur de publication :
Pierre Guillaume
HORS COMMERCE
Bulletin confidentiel réservé aux Amis de la Vieille
Taupe
La diffusion publique de cette revue, dont le ndeg. 1 a fait l'objet
d'une inculpation au titre de la loi dite "Fabius-Gayssot" du
13 juillet 1990, est interrompue jusqu'à l'abolition de la loi scélérate.
Le premier mérite de cette revue, c'est d'exister !
Le deuxième mérite de cette revue sera de tenir les promesses
qu'elle n'a pas faites !
Toute correspondance :
La Vieille Taupe
B. P. 98
75224 Paris Cedex 05
La Vieille Taupe est diffusée par abonnement exclusivement
(Voir dernières pages)
ÉDITORIAL
Cette édition n'est pas publique.
Elle est strictement réservée aux abonnés de la revue
La Vieille Taupe, constituant l'association de fait des Amis de
la Vieille Taupe.
La raison en est simple : La liberté d'expression n'existe plus
en France. Cette liberté élémentaire, consacrée
par la loi centenaire, dite loi sur la presse, du 29 juillet 1881 a été
abolie par l'article 24 bis, rajouté à cette même loi,
par la loi du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot, du nom du député
"communiste" qui en a pris officiellement l'initiative, et qui
constitue en dogme républicain les "Vérités"
prétendument établies par le tribunal de Nuremberg, qui avait
à juger des "criminels de guerre", pourvu qu'ils fussent
allemands.
Cette loi est une absurdité sur le plan historique. Au point que
même les historiens salariés commencent à s'en rendre
compte.
Cette loi est aussi une monstruosité sur le plan juridique, mais
nous en réservons la démonstration au tribunal qui aura à
en connaître et à juger cette affaire dans le courant de l'année
1996.
Car,...
La première réaction, face à une situation de fait
intolérable, consiste, pour l'auteur du présent livre, et
pour la Vieille Taupe, à utiliser l'espace de liberté que
l'État nous concède pour réaliser cette édition
confidentielle, hors commerce, exclusivement destinée aux abonnés
de la revue. Mais nous n'avons pas l'intention de nous contenter de cet
état de fait, où la réflexion et le débat restent
confinés à un ghetto de privilégiés.
Nous sommes, au contraire, décidés à changer cet état
de fait, et à affronter publiquement la loi scélérate.
L'auteur et la Vieille Taupe, réaliseront donc, au cours de l'année
1996, une deuxième édition publique du présent
livre.
En attendant la parution de cette édition publique, le seul
moyen d'obtenir le présent livre, et d'aider à la fois
l'auteur et la Vieille Taupe, dans leur combat pour la liberté d'expression,
jusqu'à la victoire, consiste à adhérer à l'association
de fait des Amis de la Vieille Taupe et de la liberté, en
s'abonnant à la revue.
Nos nouveaux amis, les nouveaux abonnés, qui peuvent seuls nous permettre
d'engager ce combat, recevront immédiatement, avec le présent
numéro spécial, le ndeg. 1 de La Vieille Taupe,et les trois suppléments confidentiels déjà parus.
(Voir à la fin du présent volume).
Un exemplaire du texte nous a été remis par l'auteur, qui
désespérait de trouver un éditeur en France, en octobre
1995. La décision de le publier nous-même à l'intention
des abonnés de la revue a été prise début novembre,
et devant la détermination de l'auteur à affronter la loi
et l'adversité, nous avons décidé, fin novembre, d'oeuvrer
à la réalisation d'une deuxième édition publique
dès que possible, en 1996.
Nous publions ci-dessous le texte, tel que nous l'avons reçu, sous
la responsabilité intellectuelle de l'auteur.
LA VIEILLE TAUPE
Les mythes fondateurs
de la politique israélienne
par Roger Garaudy
Introduction
I - Les mythes théologiques
1 - Le mythe de la "promesse" : Terre promise ou
terre conquise ?
* Dans l'exégèse chrétienne contemporaine.
* Dans l'exégèse prophétique juive.
2 - Le mythe du "peuple élu".
3 - Le mythe de Josué : la purification ethnique
II - Les mythes du XXè siècle
1 - Le Mythe de l'antifascisme sioniste.
2 - Le mythe de la justice de Nuremberg.
3 - Le mythe de l'Holocauste.
4 - Le mythe de "la terre sans peuple pour un peuple sans terre".
III - L'utilisation politique du mythe
1 - Le lobby israélo-sioniste aux États Unis.
2 - Le lobby israélo-sioniste en France.
3 - Le mythe du miracle israélien : le financement extérieur
Conclusion
Introduction
Ce livre est l'histoire d'une hérésie.
Celle qui consiste, par une lecture littérale et sélective
d'une parole révélée, à faire de la religion
l'instrument d'une politique en la sacralisant.
C'est une maladie mortelle de cette fin de siècle que j'ai définie
déjà dans "Intégrismes".
Je l'ai combattue chez les musulmans dans "L'Islamisme, une maladie
de l'Islam" au risque de déplaireà ceux qui
n'aimaient pas que je le dise..
Je l'ai combattue chez les chrétiens dans "Vers une guerre
de religion", au risque de déplaire à ceux qui n'aimaient
pas que je dise : << Le Christ de Paul n'est pas Jésus. >>
Je la combats aujourd'hui chez les Juifs dans "Les mythes fondateurs
de la politique israélienne", au risque de m'attirer les
foudres des israélo-sionistes qui déjà n'aimaient pas
que le Rabbin Hirsh leur rappelle : <<Le sionisme veut définir
le peuple juif comme une entité nationale... C'est une hérésie. >>
Source : "Washington Post" du 3 octobre 1978.
Qu'est-ce que le sionisme, qui est dénoncé dans mon
livre (et non pas la foi juive) ?
Il s'est souvent défini lui-même :
1deg. C'est une doctrine politique.
<< Depuis 1896, sionisme se rapporte au mouvement politique
fondé par Théodore Herzl. >>
Source : Encyclopaedia of zionism and Israël. "Herzl
Press" New-York 1971, volume II, p. 1262.
2deg. C'est une doctrine nationaliste qui n'est pas née du
judaïsme mais du nationalisme européen du XIXe siècle.
Le fondateur du sionisme politique, Herzl, ne se réclamait
pas de la religion : << Je n'obéis pas à
une impulsion religieuse. >>
Ce qui l'intéresse, n'est pas particulièrement la "terre
sainte": il accepte aussi bien, pour ses objectifs nationalistes,
l'Ouganda ou la Tripolitaine, Chypre ou l'Argentine, le Mozambique ou le
Congo.
Source : Herzl. Diaries. (passim)
Mais devant l'opposition de ses amis de foi juive, il prend conscience de
l'importance de la "puissante légende" ("mighty
legend" (9 juin 1895), comme il dit (Diaries I, p.56) qui << constitue
un cri de ralliement d'une irrésistible puissance. >>
Source : Herzl. "L'État juif", p. 45.
C'est un slogan mobilisateur que ce politique éminemment réaliste
ne saurait ignorer. Aussi proclame-t-il, transposant la "puissante
légende" du "retour" en réalité
historique : << La Palestine est notre inoubliable patrie
historique... ce nom seul serait un cri de ralliement puissant pour notre
peuple. >>
Source : Herzl. "L'État juif", p. 209.
<< La question juive n'est pour moi ni une question sociale,
ni une question religieuse..., c'est une question nationale. >>
3deg. C'est une doctrine coloniale. Là encore le lucide Théodore
Herzl ne cache pas ses objectifs : comme première étape,
réaliser une "Compagnie à charte", sous protection
de l'Angleterre ou de toute autre puissance, en attendant d'en faire l'"État
juif".
C'est pourquoi il s'adresse à celui qui s'est révélé
le maître de ce genre d'opération : le trafiquant colonial
Cecil Rhodes, qui, de sa Compagnie à charte, sut faire une Afrique
du Sud, l'une de ses composantes s'appelant de son nom : la Rhodésie.
Théodore Herzl lui écrit, le 11 janvier 1902 :
<< Je vous en prie, envoyez-moi un texte disant que vous avez
examiné mon programme et que vous l'approuvez. Vous vous demanderez
pourquoi je m'adresse à vous, Monsieur Rhodes. C'est parce que mon
programme est un programme colonial. >>
Source : Herzl, "Tagebuch". Vol. III, p. 105.
Doctrine politique, nationaliste, coloniale, telles sont les trois caractéristiques
définissant le sionisme politique tel que le fit triompher au Congrès
de Bâle, en août 1897, Théodore Herzl, son génial
et machiavélique fondateur, qui pouvait dire, avec juste raison au
terme de ce Congrès : << J'ai fondé l'État
juif. >>
Source : "Diaries". p. 224.
Un demi-siècle plus tard c'est en effet cette politique qu'appliqueront
très exactement ses disciples créant, selon ses méthodes
et suivant sa ligne politique, l'État d'Israël (au lendemain
de la Deuxième guerre mondiale.)
Mais cette entreprise politique, nationaliste et colonialiste, n'était
nullement sur le prolongement de la foi et de la spiritualité juives.
Au moment même du Congrès de Bâle qui n'avait pu se tenir
à Munich (comme le prévoyait Herzl) en raison de l'opposition
de la communauté juive allemande, se tenait en Amérique la
Conférence de Montréal (1897) où, sur la proposition
du Rabbin Isaac Meyer Wise, la personnalité juive la plus représentative
de l'Amérique d'alors, fut votée une motion qui opposait radicalement
deux lectures de la Bible, la lecture politique et tribale du sionisme et
la lecture spirituelle et universaliste des Prophètes.
<< Nous désapprouvons totalement toute initiative visant
à la création d'un État juif. Des tentatives de ce
genre mettent en évidence une conception erronée de la mission
d'Israël... que les Prophètes juifs furent les premiers à
proclamer... Nous affirmons que l'objectif du judaïsme n'est ni politique,
ni national, mais spirituel... Il vise une époque messianique où
tous les hommes reconnaîtront appartenir à une seule grande
communauté pour l'établissement du Royaume de Dieu sur la
terre. >>
Source : Conférence centrale des Rabbins américains.
Yearbook VII, 1897. p. XII.
Rufus Learsi résume la première réaction des organisations
juives depuis "L'Association des rabbins d'Allemagne", jusqu'à
"l'Alliance Israélite universelle de France", l'"Israelitische
Allianz" d'Autriche, de même que les Associations juives de Londres.
Cette opposition au sionisme politique, inspiréepar l'attachement
à la spiritualité de la foi juive, n'a cessé de s'exprimer,
même lorsqu'à la suite de la Deuxième guerre mondiale,
profitant une fois de plus, à l'O N U, des rivalités entre
nations, et surtout de l'appui inconditionnel des États-Unis, le
sionisme israélien parvint à s'imposer comme force dominante
et, grâce à ses lobbies, à inverser la tendance et à
faire triompher, même dans l'opinion, la politique israélo-sioniste
de puissance, contre l'admirable tradition prophétique. Il ne parvint
pourtant pas à étouffer la critique des grands spirituels.
Martin Buber, l'une des plus grandes voix juives de ce siècle, n'a
cessé, pendant toute sa vie, et jusqu'à sa mort en Israël,
de dénoncer la dégénérescence et même
l'inversion du sionisme religieux en sionisme politique.
Martin Buber déclarait à New York : << Le
sentiment que j'éprouvais, iI y a soixante ans, lorsque je suis entré
dans le mouvement sioniste, est essentiellement celui que j''éprouve
aujourd'hui... J'espérais que ce nationalisme ne suivrait pas le
chemin des autres - commençant par une grande espérance -
et se dégradant ensuite jusqu'à devenir un égoïsme
sacré, osant même, comme Mussolini, se proclamer sacro
egoïsmo, comme si l'égoïsme collectif pouvait être
plus sacré que l'égoïsme individuel. Lorsque nous sommes
retournés en Palestine, la question décisive fut : Voulez-vous
venir ici comme un ami, un frère, un membre de la communauté
des peuples du Proche-Orient, ou comme les représentants du colonialisme
et de l'impérialisme ?
La contradiction entre le but et les moyens pour l'atteindre a divisé
les sionistes : les uns voulaient recevoir des Grandes Puissances des
privilèges politiques particuliers, les autres, surtout les jeunes,
voulaient seulement qu'on leur permette de travailler en Palestine avec
leurs voisins, pour la Palestine et pour l'avenir...
Tout ne fut pas toujours parfait dans nos rapports avec les Arabes, mais
il y avait, en général, bon voisinage entre village juif et
village arabe.
Cette phase organique de l'établissement en Palestine dura jusqu'à
l'époque d'Hitler.
C'est Hitler qui a poussé des masses de juifs à venir en Palestine,
et non pas une élite qui venait accomplir leur vie et préparer
l'avenir. Ainsi, à un développement organique sélectif
a succédé une immigration de masse avec la nécessité
de trouver une force politique pour sa sécurité... La majorité
des juifs a préféré apprendre d'Hitler que de nous...
Hitler a montré que l'histoire ne suit pas le chemin de l'esprit,
mais celui du pouvoir, et que lorsqu'un peuple est assez fort, il peut tuer
avec impunité... Telle est la situation que nous avions à
combattre... Au "Ihud" nous proposons... que Juifs et Arabes ne
se contentent pas de coexister mais de coopérer... Cela rendrait
possible un développement économique du Proche-Orient, grâce
auquel le Proche-Orient pourrait apporter une grande, une essentielle contribution
à l'avenir de l'humanité. >>
Source : "Jewish Newsletter" du 2 juin 1958.
S'adressant au XIIe Congrès sioniste à Karlsbad, le 5 septembre
1921, il disait : << Nous parlons de l'esprit d'Israël,
et nous croyons n'être pas semblables aux autres nations... Mais si
l'esprit d'Israël n'est rien de plus que la synthèse de notre
identité nationale, rien de plus qu'une belle justification de notre
égoïsme collectif... transformé en idole, nous qui avons
refusé d'accepter tout prince autre que le Seigneur de l'univers,
alors nous sommes comme les autres nations, et nous buvons avec elles à
la coupe qui les enivre. La nation n'est pas la valeur suprême...
Les juifs sont plus qu'une nation : les membres d'une communauté
de foi.
<< La religion juive a été déracinée,
et ceci est l'essence de la maladie dont le symptôme fut la naissance
du nationalisme juif au milieu du XIXe siècle. Cette forme nouvelle
du désir de la terre est l'arrière-fond qui marque ce que
le judaïsme national moderne a emprunté au nationalisme moderne
de l'Occident...
<< Qu'est-ce-que l'idée "d'élection"
d'Israël a à faire en tout cela? "l'élection"
ne désigne pas un sentiment de supériorité, mais un
sens de la destinée. Ce sentiment ne naît pas d'une comparaison
avec les autres, mais d'une vocation et d'une responsabilité d'accomplir
une tâche que les prophètes n'ont cessé de rappeler :
si vous vous vantez d'être choisis au lieu de vivre dans l'obéissance
à Dieu, c'est une forfaiture . >>
Évoquant cette "crise nationaliste" du sionisme politique
qui est perversion de la spiritualité du judaïsme, il concluait :
<< Nous espérions sauver le nationalisme juif de l'erreur
de faire d'un peuple une idole. Nous avons échoué. >>
Source : Martin Buber, "Israel and the world" Ed.
Schocken, New-York, 1948, p. 263.
Le Professeur Judas Magnes, Président de l'Université hébraïque
de Jérusalem depuis 1926, considérait que le "Programme
de Biltmore" de 1942, exigeant la création d'un État
Juif en Palestine << conduirait à la guerre contre
les Arabes. >>.
Source : Norman Bentwich. "For Sion sake" Biographie de
Judas Magnes. Philadelphie : "Jewish Publication society of america".
1954. p. 352.
Prononçant, à la rentrée de 1946, le discours d'ouverture
de cette Université hébraïque de Jérusalem qu'il
présidait depuis 20 ans il disait :
<< La nouvelle voix juive parle par la bouche des fusils...
Telle est la nouvelle Thora de la terre d'Israël. Le monde a été
enchaîné à la folie de la force physique. Le ciel nous
garde d'enchaîner maintenant le judaïsme et le peuple d'Israël
à cette folie. C'est un judaïsme païen qui a conquis une
grande partie de la puissante diaspora. Nous avions pensé, au temps
du sionisme romantique, que Sion devait être racheté par la
droiture. Tous les juifs d'Amérique portent la responsabilité
de cette faute, de cette mutation... même ceux qui ne sont pas d'accord
avec les agissements de la direction païenne, mais qui restent assis,
les bras croisés. L'anesthésie du sens moral conduit à
son atrophie. >>
Source : Ibidem. p. 131.
En Amérique, en effet, depuis la Déclaration de Biltmore,
les dirigeants sionistes avaient désormais le plus puissant protecteur :
les États-Unis. L'Organisation sioniste mondiale avait balayé
l'opposition des juifs fidèles aux traditions spirituelles des prophètes
d'Israël, et exigé la création, non plus d'un "foyer
national juif en Palestine", selon les termes (sinon l'esprit)
de la Déclaration Balfour de la précédente guerre,
mais la créationd'un État juif de Palestine.
Déjà, en 1938, Albert Einstein avait condamné cette
orientation :
<< Il serait, à mon avis, plus raisonnable d'arriver
à un accord avec les Arabes sur la base d'une vie commune pacifique
que de créer un État juif... La conscience que j'ai de la
nature essentielle du judaïsme se heurte à l'idée d'un
État juif doté de frontières, d'une armée, et
d'un projet de pouvoir temporel, aussi modeste soit-il. Je crains les dommages
internes que le judaïsme subira en raison du développement,
dans nos rangs, d'un nationalisme étroit... Nous ne sommes plus les
juifs de la période des Macchabées. Redevenir une nation,
dans le sens politique du mot, équivaudrait à se détourner
de la spiritualisation de notre communauté que nous devons au génie
de nos prophètes. >>
Source : Rabbin Moshé Menuhin : "The decadence of
Judaism in our time." 1969. p. 324.
Les rappels n'ont pas manqué lors de chaque violation, par Israël,
de la loi internationale.
Pour ne citer que deux exemples, où il fut dit à haute voix
ce que des millions de juifs pensent - mais sanspouvoir le dire
publiquement sous l'inquisition intellectuelle des lobbies israélo-sionistes :
en 1960, lors du procès d'Eichmann à Jérusalem l'"American
Council for judaism" déclarait:
<< Le Conseil américain du Judaïsme a adressé
hier lundi une lettre à M. Christian Herter pour dénier au
gouvernement israélien le droit de parler au nom de tous les Juifs.
Le Conseil déclare que le Judaïsme est une affaire de religion
et non de nationalité. >>
Source : "Le Monde", du 21 juin 1960.
Le 8 juin 1982, le Professeur Benjamin Cohen, de l'Université de
Tel-Aviv, lors de l'invasion sanglante des Israéliens au Liban, écrit
à P. Vidal-Naquet :
<< Je vous écris en écoutant le transistor qui
vient d'annoncer que "nous" sommes en train d'"atteindre
notre objectif" au Liban : assurer "la paix" aux habitants
de Galilée. Ces mensonges dignes de Goebbels me rendent fou. Il est
clair que cette guerre sauvage, plus barbare que toutes les précédentes,
n'a rien à voir, ni avec l'attentat de Londres, ni avec la sécurité
de la Galilée... Des juifs, fils d'Abraham... Des juifs victimes
eux-mêmes de tant de cruautés, peuvent-ils devenir tellement
cruels ?... Le plus grand succès du sionisme n'est donc que
ceci : la "déjudaïsation"... des juifs.
Faites, chers amis, tout ce qui est en votre pouvoir pour que les Beghin
et les Sharon n'atteignent pas leur double objectif : la liquidation
finale (expression à la mode ici ces jours-ci) des Palestiniens en
tant que peuple et des Israéliens en tant qu'êtres humains >>.
Source : Lettre publiée dans le "Monde" du 19 juin
1982. p. 9.
<< Le professeur Leibowitz, traite la politique israélienne
au Liban de judéo-nazie. >>
Source : "Yediot Aharonoth", 2 juillet 1982. p. 6.
Tel est l'enjeu de la lutte entre la foi juive prophétique et le
nationalisme sioniste, fondé, comme tout nationalisme, sur le refus
de l'autre et la sacralisation de soi.
Tout nationalisme a besoin de sacraliser ses prétentions : après
la dislocation de la chrétienté, les États-nations
ont eu chacun la prétention d'avoir recueilli l'héritage du
sacré et d'avoir reçu l'investiture de Dieu :
La France, est la "Fille aînée de l'Église",
par laquelle s'accomplit l'action de Dieu (Gesta Dei per Francos). L'Allemagne
est "au-dessus de tout" parce que Dieu est avec elle (Got mit
uns). Eva Peron proclame que <<la Mission de l'Argentine est d'apporter
Dieu au monde >>, et, en 1972, le Premier ministre de l'Afrique
du Sud, Vorster, célèbre par le racisme sauvage de "l'apartheid",
vaticine à son tour: << N'oublions pas que nous sommes
le peuple de Dieu, investi d'une mission >>... Le nationalisme
sioniste partage cette ivresse de tous les nationalismes.
Même les plus lucides se laissent tenter par cette "ivresse".
Même un homme comme le Professeur André Neher, dans son beau
livre sur "L'essence du prophétisme" (Ed. Calmann-Lévy.
1972. p.311.) après avoir si bien évoqué le sens universel
de l'Alliance : alliance de Dieu avec l'homme, en arrive à écrire
qu'Israël est << le signe, par excellence, de l'histoire
divine dans le monde. Israël est l'axe du monde, il en est le nerf,
le centre, le coeur. >> (p.311)
De tels propos évoquent fâcheusement le "mythe aryen"
dont l'idéologie fonda le pangermanisme et l'hitlérisme. Dans
cette voie l'on est aux antipodes de l'enseignement des Prophètes
et de l'admirable "Je et Tu" de Martin Buber.
L'exclusivisme interdit le dialogue : l'on ne peut "dialoguer"
ni avec Hitler, ni avec Beghin, puisque leur supériorité raciale
ou leur alliance exclusive avec le divin ne leur laisse plus rien à
attendre de l'autre.
Parce que nous avons conscience qu'à notre époque il n'existe
d'autre alternative que le dialogue ou la guerre, et que le dialogue exige,
comme nous ne cessons de le répéter, que chacun ait, au départ,
conscience de ce qui manque à sa propre foi, et qu'il a besoin de
l'autre pour combler en soi ce vide qui est la condition de tout dépassement
et de tout désir de plénitude (qui est l'âme de toute
foi vivante.)
Notre anthologie du crime sioniste se situe dans le prolongement des efforts
de ceux des Juifs qui ont tenté de défendre un judaïsme
prophétique contre un sionisme tribal.
Ce qui nourrit l'antisémitisme, ce n'est pas la critique de la politique
d'agression, d'imposture et de sang du sionisme israélien, c'est
le soutien inconditionnel de sa politique qui ne retient, des grandes traditions
du judaïsme, que ce qui justifierait, par une interprétation
littéraliste, leur politique, et l'élèverait au-dessus
de toute loi internationale en la sacralisant par les mythes d'hier et d'aujourd'hui.
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